Les bassistes, ces héros oubliés : briser le mythe du « guitariste discount »

Les bassistes sont souvent la cible des moqueries sur internet, mais la basse constitue la fondation de la musique. Du metal au funk, du reggae à la pop, elle fait vibrer et façonne le son. Alors, pourquoi est-elle encore si sous-estimée ?

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Si il vous arrive de scroller du côté « musique » d’internet, vous êtes certainement déjà tombé sur ces blagues faciles concernant les bassistes. Du genre « Le bassiste, c’est un mauvais guitariste qui a échoué » ou encore « La basse ne sert à rien puisqu’elle est inaudible ». Ces plaisanteries font des bassistes la cible de toutes les moqueries dans l'univers musical.

Le bassiste, le grand oublié de la scène musicale

Il n’y a pas de doute : les solos de guitare endiablés et les batteries tonitruantes captent toujours plus d'attention. Le guitariste solo brille sous les projecteurs, le batteur se fait remarquer avec ses breaks et le chanteur occupe le devant de la scène (littéralement). De son côté, le bassiste, souvent en retrait, joue un rôle fondamental, mais discret, en constituant la fondation même de l'ensemble d’un morceau.

Et c’est là le problème : la basse n’a pas vocation à être aussi spectaculaire qu’une guitare solo. Une bonne ligne de basse passe souvent inaperçue, mais c’est justement ce qui fait sa force; elle soutient la musique sans chercher à se mettre en avant. Elle relie la mélodie au rythme, la batterie à la guitare. Pourtant, dans un monde où l’on privilégie le visuel et la mise en scène, la subtilité de la basse est trop souvent ignorée.

Ajoutez à cela la culture des memes. Sur Internet, les blagues faciles sont toujours populaires, et le cliché du bassiste « inutile » en est un exemple parfait. Comme un bassiste n’a pas l’air aussi « occupé » qu’un guitariste en train de faire ces solos et que beaucoup d’auditeurs ne se concentrent pas sur la basse, cela donne l’illusion que sa présence n'est pas nécéssaire. Cela peut prêter à sourire… jusqu’au moment où l’on se rend compte à quel point cette image sous-estime l’importance du rôle de la basse et de ceux qui la jouent. Car, en dépit des moqueries, la musique ne serait pas ce qu’elle est sans eux.

Le post de la discorde

Sur X (anciennement Twitter), un post récemment devenu viral en accumulant 112,000 likes et 15,000 partages, a parfaitement illustré ce cliché. Le compte @Historyrock_ a partagé la vidéo d’un bassiste jouant un morceau de bass particulièrement complexe en utilisant la technique du slapping, rendue célèbre par des icônes comme Larry Graham et Louis Johnson. Pourtant, au lieu de relever la virtuosité du musicien, le compte se contente de citer le post : « Le gars a oublié que c’était une basse », comme si un bassiste par définition, ne pouvait pas jouer un morceau aussi technique.

Ce commentaire a suscité de vives réactions. Un utilisateur a répondu : « Les gens qui disent ‘le gars a oublié que c'était une basse’ comme si la basse était un instrument inférieur me saoulent » mais au lieu de remettre en question le post original, de nombreux internautes ont soutenu cette idée, répondant par des remarques du genre : « Mais c’est un instrument inférieur », renforçant ainsi le cliché que la basse serait une version « discount » de la guitare et que les bassistes devraient seulement se cantonner à jouer des root notes. Cette situation met en lumière un problème persistant : la basse reste souvent perçue comme un instrument secondaire, même lorsqu’on lui présente des exemples indéniables de technique et de créativité.

Le mythe de la basse inaudible

Un des plus grands préjugés à propos de la basse, c’est qu’on ne l’entend quasiment jamais dans les chansons. Pourtant, ce n’est pas la réalité. La basse évolue dans des fréquences plus basses, qui ont pour but de donner de la profondeur et de la structure à la musique. Beaucoup de gens ne prêtent pas attention à la basse, tout simplement parce que leurs oreilles ne sont pas entraînées et habituées à capter ces sons. Mais si vous retiriez la basse d’un morceau, vous verriez immédiatement qu’il manque quelque chose. Imaginez un plat sans assaisonnement : tout perd de sa saveur, tout devient fade.

Écoutez Another One Bites the Dust (Queen), Billie Jean (Michael Jackson) ou Sir Duke (Stevie Wonder) et imaginez-les sans leur ligne de basse. Ce ne seraient plus tout à fait les mêmes morceaux. Ils perdraient une bonne partie de leur profondeur et de leur caractère.

La basse, l’ingredient secret ?

Loin d’être une simple « guitare discount », la basse est souvent l’élément essentiel du son d’un groupe. Elle constitue le socle de la section rythmique, se fondant avec la batterie pour structurer le rythme. Elle structure l’harmonie en définissant les progressions d’accords qui apportent à la musique son mouvement et sa profondeur. Si un morceau était un corps humain, alors que la batterie serait le squelette, la basse, elle, constituerait les muscles.

Et ce qui rend la basse vraiment unique, c’est sa polyvalence. Aucun autre instrument n’a joué à travers tant de genres différents. Du metal au funk, du jazz au blues en passant par le reggae, le zouk, l'afrobeats, le rock, le kompa, la pop, le hip-hop ou encore la soul, la basse est incontournable. Partout, elle donne au morceau sa structure, sa texture et sa profondeur.

Certains bassistes ont même élevé l’instrument à des sommets : pensez à Flea (Red Hot Chili Peppers), qui maîtrise la technique du slap et du pop dans des hymnes funk-rock, ou à Cliff Burton (Metallica), qui a su transformer la basse en instrument soliste avec ses solos saturés d’effets wah-wah. Même Paul McCartney a utilisé la basse de façon mélodique pour composer certains des titres les plus iconiques des Beatles.

Ces exemples démontrent bien que la basse ne se limite pas à jouer les fondamentaux. Elle peut être rythmique, mélodique, percussive et expressive à la fois. C’est un véritable instrument à part entière, bien loin d’être une version « simplifiée » de la guitare.

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